Holden Raynaud : dénicheur de fictions et importateur de Thaïlande


Publié le 3{rd} février 2014 dans "" | Rédigé par Baptiste Cordier

Photos Arthur Hervé
Photos Arthur Hervé

Holden Raynaud dans le Tuk Tuk qui trône au milieu du restaurant qu’il vient de créer avec deux associés.

Entre l’Aveyron et la Thaïlande, son cœur balance… Mais pour le moment, c’est à Paris qu’Holden Raynaud a ses attaches. Depuis la rentrée, ce diplômé de Sciences Po Toulouse y mène une double vie en étant à la fois chargé d’acquisitions pour le groupe Canal+ et associé d’un restaurant thaïlandais.

Si vous raffolez des séries télévisés, voici votre nouveau dealer. Holden Raynaud en connaît des centaines. Il lit certains scénarios avant même le début du tournage. Avec trois autres acheteurs, c’est lui qui sélectionne les films et séries qui seront diffusés en France sur les chaînes du groupe Canal+. « Nous travaillons en concertation avec les responsables éditoriaux de chacune des chaînes, détaille-t-il. Faire des acquisitions, c’est évidemment dénicher puis sélectionner un programme, mais surtout le négocier. Pas seulement au meilleur prix : chez Canal+ , nous avons besoin de le diffuser aux meilleures dates possibles et d’avoir un hold back, c’est-à-dire que le programme soit diffusé en clair ou vendu en DVD le plus tard possible après la diffusion sur Canal+. Pour que l’abonné ait un vrai avantage à le voir chez nous. ».

Parcours
• Juin 1985 : Naissance à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron)
• 2003-2007 : Études à Sciences Po Toulouse, suivi d’un mastère Médias à l’ESCP Europe
• Août 2008 : Entrée chez Canal+, en charge des séries sur le site Web
• Janvier 2013 : Chargé des acquisitions de fictions étrangères chez Canal+
• Septembre 2013 : Ouverture de son restaurant Tuk Tuk avec deux associés

Pendant ses études à Sciences Po, Holden Raynaud était déjà passionné par l’audiovisuel, notamment au sein de l’association SPY TV. Diplômé de l’IEP en 2007, il enchaîne l’année suivante avec un mastère Médias à l’ESCP Europe, une école de commerce. En août 2008, il décroche un stage chez Canal+ pour animer la section « Séries » du site Web de la chaîne cryptée. « Ma mission était d’apporter des compléments aux abonnés entre la diffusion des épisodes d’une série, explique-t-il. Des informations sur la série et son univers mais aussi des contenus inédits. Par exemple, nous avons monté un jeu autour de Braquo pour prolonger l’expérience de nos abonnés. » Son stage se transforme en CDI en avril 2009. Cinq ans plus tard, Holden Raynaud travaille toujours pour Canal+, en étant désormais chargé des acquisitions de fictions étrangères. Récemment, il a ainsi acheté Atlantis, une série d’aventure de la BBC prochainement diffusée sur Canal+family.

Holden Raynaud et ses associés
Holden avec ses associés, Arthur et Paul, devant leur restaurant.

Parfois, c’est avec Hollywood que ce natif de Villefranche-de-Rouergue dans l’Aveyron négocie. Des échanges en anglais et en horaires tardifs pour joindre ses interlocuteurs en journée aux États-Unis. « En arrivant à Canal+, j’ai travaillé sur des programmes après leur achat, maintenant je me penche sur le moment où la chaîne les achète, souligne Holden Raynaud. Dans quelques années, je travaillerai peut-être au moment de la création, lors de la conception et du lancement du programme. »

 

Une passion récente pour la Thaïlande

Pour le moment, c’est un autre lancement qui l’anime. Depuis le mois de septembre, il est associé d’un restaurant thaïlandais près de la gare Saint-Lazare à Paris. Fasciné depuis longtemps par l’Asie du sud-est, il a découvert la Thaïlande en mai 2011 seulement. « C’était presque un hasard, se rappelle Holden Raynaud. Je chassais des bons plans pour partir en vacances avec des amis et une compagnie aérienne proposait des billets à 200 euros aller-retour en lançant un nouvelle destination. » Voilà comment il est devenu amoureux de ce pays, au point d’y voyager six fois depuis trois ans. « J’aurais pu aimer un autre pays d’Asie du sud-est mais la Thaïlande a clairement la meilleure cuisine, raconte-t-il. J’aime l’esprit des gens là-bas, le dépaysement. »

Pour mieux voyager dans ce pays et pourquoi pas y acquérir un jour une résidence secondaire, il décide d’apprendre la langue thaï. Chasseurs de bons plans devant l’éternel, surtout s’ils sont gratuits, le voilà qu’il s’inscrit à un groupe de conversation avec de jeunes thaïlandais. Deux d’entre eux, Arthur et Paul (leurs prénoms francisés), deviennent vite des amis. Le premier est maître d’hôtel, le second aide au service dans un restaurant thaï. Ils envisagent de monter leur propre affaire et cherchent justement un partenaire français pour les accompagner.

Un restaurant nommé Tuk Tuk
Non, vous n’avez pas abusé de la bière thaï… C’est bien un véritable Tuk Tuk qui trône au milieu du restaurant d’Holden Raynaud et ses deux amis. Ce tricycle motorisé faisant office de taxi en Thaïlande a même donné son nom à l’établissement. « Ça a été toute une épopée pour le ramener, s’amuse l’associé. Ça prend un peu de place, mais ça marque tous les clients. Certains font des photos souvenirs. Il sert aussi d’espace de jeu pour les enfants et de salon d’attente quand le restaurant est plein. » Mais l’attraction du restaurant reste la cuisine. « C’est simple, frais, pas cher et authentique. Nous visons l’esprit Thaï Street Food, une cuisine réalisée dans la rue. Nous avons limité la carte à cinq entrées, cinq plats et cinq desserts pour travailler avec peu de produits, mais des produits frais. »
Tuk Tuk, 47 rue de Laborde, 75008 Paris
www.tuktukthai.fr

En décembre 2012, le trio décide de se lancer. Paul s’occupera du design et du service, Arthur du service également mais aussi de la cuisine, Holden du marketing, du développement et de certains dossiers administratifs. Le local est trouvé en juillet, la banque finance le projet en août et Tuk Tuk ouvre mi-septembre. « Les travaux ont été très rapides grâce à la communauté thaï, souligne Holden Raynaud. Et le succès est au rendez-vous : nous avons déjà embauché un serveur et un cuisinier pour tenir un rythme de 40 couverts. Le restaurant est plein le midi car il y a beaucoup de bureaux à proximité. Le soir, nous avons essentiellement des touristes. » C’est pourquoi il faut surveiller constamment les sites spécialisés, notamment TripAdvisor : pour choisir leur restaurant, les touristes regardent attentivement les avis et surtout les notes des clients précédents.

De Sciences Po Toulouse, Holden Raynaud dit avoir régulièrement « des réminiscences » de quelques cours, notamment en économie. Il garde surtout des souvenirs des soirées et des Critériums inter-IEP. « Je reste attaché à Sciences Po, c’est là où on change de vie, qu’on a quitté sa famille pour sa vie d’adulte. Et je me suis fait des amis pour longtemps. En y repensant, ce que chacun est devenu depuis l’IEP, personne n’aurait pu l’imaginer à l’époque. »

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